Lancé le 1er juillet 2023 depuis Cap Canaveral, le télescope spatial Euclid de l’ESA (European Space Agency) orbite au point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres de notre planète. Parti pour une mission qui doit s’étaler sur six ans, il doit cartographier des milliards de galaxies dans le spectre visible et le proche infrarouge, principalement pour percer la nature de la matière noire et de l’énergie sombre. Avec son miroir de 1,2 mètre et un champ de vision 240 fois plus large que celui de Hubble, Euclid est un télescope grand angle, taillé pour observer l’immensité du cosmos, et n’est pas spécialement conçu pour étudier des objets de notre Système solaire.
Toutefois, entre le 16 et le 24 septembre, Euclid a photographié une comète jusqu’alors inconnue, à environ 1,3 milliard de kilomètres de la Terre, quelque part entre les orbites de Jupiter et de Saturne. Un comble, pour un télescope rompu à l’observation des galaxies lointaines et des profondeurs de l’Univers. L’objet, confirmé le 8 octobre par le Minor Planet Center de l’Union astronomique internationale, est désormais catalogué sous le nom de C/2026 S1 (Euclid) : la toute première comète inconnue découverte par le télescope européen.
Une visiteuse impromptue qui tombe au bon moment pour l’ESA
Pour produire les images les plus nettes possibles de galaxies situées à des milliards d’années-lumière, Euclid évite systématiquement le plan de l’écliptique, la bande du ciel le long de laquelle orbitent les planètes de notre Système solaire et où se concentre l’essentiel de la poussière interplanétaire, des astéroïdes et des comètes. Si ses optiques étaient braquées dans cette direction, l’éclat parasite de ces indésirables aveuglerait ses capteurs et dégraderait la qualité de ses images : c’est pourquoi il a « le dos tourné » à cette zone où l’on trouve la quasi-totalité des petits corps du Système solaire.
Si C/2026 S1 a quand même été repérée par Euclid, c’est parce que son orbite est fortement inclinée par rapport au plan orbital des planètes : elle passait « au-dessus » du Système solaire, pour l’exprimer simplement. Elle se trouvait donc dans le champ d’observation du télescope au moment où le télescope scrutait l’Euclid Deep Field North, l’une de ses zones d’observation située dans la constellation du Dragon.
Toutefois, Euclid n’est pas équipé pour détecter automatiquement ce type d’objet. C’est un logiciel de détection d’objets en mouvement, conçu par Mikko Pöntinen, doctorant en astronomie à l’Université d’Helsinki, qui a repéré C/2026 S1. « J’ai été ravi de voir mon logiciel signaler une traînée qui s’étirait sur plusieurs images, signe qu’il s’agissait d’un objet se déplaçant rapidement », raconte-t-il. « Un examen plus approfondi a révélé la présence d’un nuage diffus autour de l’objet, caractéristique d’un corps actif comme une comète, qui éjecte de la poussière et du gaz. » Pöntinen a immédiatement transmis ses observations au Minor Planet Center, qui a relayé l’information à la communauté scientifique mondiale et confirmé qu’il s’agissait bien d’une comète au début du mois.
« Euclid ne devrait découvrir que très peu de comètes, c’est donc une heureuse coïncidence », reconnaît Bruno Altieri, archiviste scientifique de la mission Euclid à l’ESA. Une découverte fortuite, mais qui aura tout de même servi de répétition grandeur nature pour tester la coordination entre Euclid et Comet Interceptor, une future mission de l’ESA dont le lancement est prévu entre 2028 et 2029. Son objectif : intercepter une comète qui n’aurait jamais quitté les confins du système solaire et s’aventurerait pour la première fois à proximité du Soleil, un objet dont la matière serait restée intacte depuis la formation du système solaire il y a 4,6 milliards d’années. Certes, C/2026 S1 ne correspond pas à ce profil mais sa détection a été fort utile aux équipes d’Euclid et de Comet Interceptor, comme l’a expliqué Valeria Pettorino, scientifique du projet Euclid à l’ESA dans ce communiqué. « Même si cette comète ne constitue pas une cible adaptée […], son processus de découverte et d’alerte nous offre un véritable cas d’école pour tester la manière dont les deux équipes de mission devront coordonner leurs efforts à l’avenir. Et nous sommes évidemment ravis d’avoir découvert une comète jusqu’ici inconnue, que la communauté scientifique pourra désormais suivre et étudier », précise-t-elle.